Je passais donc l’été en Espagne, là où le soleil semble jaunir même l’air et les mouettes pleurent de chaleur chaque après-midi. Le pays se présente avec un mélange de familiarité européenne et l’odeur de la mer que je ne nommerais jamais « habituelle ».
Des t-shirt patriotiques rouges et jaunes, des porte-clés en forme de taureaux et des sandales en cuir à pied ouvert. Je comprenais l’Espagne, c'était la quatrième fois que j’y étais en seulement 16 ans. Comme c’est drôle, je reconnaissais tout en ne comprenant rien ; l’Espagne, j’en avais tellement rêvé au point de vivre une retrouvaille plus qu’une découverte.
Ma vie dans cette ville balnéaire ne ressemblait avec rien à celle dont j'avais l'habitude de vivre au Québec. Alors pourquoi étais-je si familière avec le littoral ? Pourquoi laisser mes cheveux pâlir au soleil et récolter des coquillages me donnait l’impression d'être chez moi ?
Le soir, on m’envoie chercher du lait ; à une intersection, je laisse passer une vieille Jeep blanche. Les fenêtres sont baissées et j’aperçois trois garçons et une fille dont les sourires trahissent les yeux fatigués. Leur peau brunie par le soleil et les joues couleur tomate me laissent assumer leur longue journée passée à la plage. En utilisant une quantité absolument monstrueuse de décibels, un morceau de rap tue les haut-parleurs et remplit l’air autour de la voiture.
Je ralentis ma cadence, captivée par le petit monde qu’ils se créent, et les observe quelques secondes de plus. L'exclusivité de mon séjour rend l'expérience presque paradisiaque. Et je souris à moi-même : si chanceux sont-ils au point de vivre mon paradis temporaire à longueur d’année. Envieuse, mais pas au point d’occuper la place attribuée à mon plaisir, je les suis encore un peu du regard.
Ma possibilité fut rapidement assassinée par ma détestable manie de compter les jours restant à mon séjour. 35.
Il me restait 35 jours à jouer à l'imposteur. À faire semblant d’appartenir à ce monde. À limiter les interactions avec les inconnus aux nombres de mots que je connaissais, de peur que mon accent trahisse mes origines. Pour le moment, je me camouflais plutôt bien. Jour après jour, je ne faisais rien d’autre que de cuire au soleil, manger des salades de tomates et parler à mon père.
Le soir, après la baignade, mais avant le repas, je courais un peu sur le bord de la plage. Trop pressé de compter les jours.
35.
Je courais comme si j’y échappais en le faisant. Comme si à chaque kilomètre laissé derrière, c’est un jour que je gagnais. Mais je n’en gagna aucun. Et ils finirent tous par passer, à la maniere dont l'impitoyable temps les force.

Commentaires
Publier un commentaire