Mon rire se sent souvent seul sans le vôtre.
Mon violon ne sonne bien que si le vôtre joue sur la même fréquence. Lorsque je commence à rire, j'attends encore que le vôtre suive de sous peu et l'amplifie.
Mais çe n’est plus le cas. Plus maintenant.
Je me rappelle que tout en m’arrachant les cordes vous sembliez distraite, inconsciente du dommage irréparable que vous me causez.
A présent, après les rares fous rires dont je suis encore capable, je tombe dans une transe. Une transe semblable à celle d'un aîné s'étant cogné la tête. Car moi aussi je me suis cogné la tête, à un mur de solitude. Brut et rigide. Je me suis fracassé le crâne dans ce mur. Car à chaque transe mon rire reste suspendu dans ce brouillard autour de moi et je ne le reconnais pas. Je me demande si je ne l'ai jamais reconnu en fait. A t-il déjà été le mien, ce rire? Juste à moi? Je ne pense plus.
Je me rappelle la façon dont votre rire englobait le mien. Ils s'élevaient ensemble dans l'air pour former des nuages. Des nuages légers, d’une blancheur transparente. Des nuages imaginaires, mais... jamais faux. Je me suis toujours demandé si vous aussi vous voyiez ces nuages. Je suppose que ça n’a jamais été le cas. Vous êtes toujours passé à côté de nos nuages de rire.
A présent mon unique rire me colle à la peau, je suis couverte de ce nectar dont je suis allergique. Englobée, je peine à bouger. Il me semble étranger, je ne le comprends pas, mon rire.
J’ai envie de le récupérer, d’en prendre soin. J’ai envie de le faire grandir et comprendre qu' il ne dépend pas du votre. Plus maintenant.
On est en juin, je regarde par la fenêtre et réalise qu’il pleut. Il pleut avec nos nuages d’autrefois. J’en ai marre de ce nectar qui me colle la peau et qui coule dans mes poumons. Je suis saturée de ce nectar qui me bouche les oreilles et m'asphyxie. En prenant mes clés et me chaussant je sors sans destination. Je veux me laver de ce nectar venimeux que vous m’avez laissé.
Aux premières gouttes je comprends que les nuages se dissolvent assez vite. Ils se vident de leur magie. Une magie que je leur ai laissé avoir. Une magie dont j’ai créé la force. Une force venant de l’interminable amour que j’avais pour vous. Je reste imobile pendant ce que je perçois comme des heures. Je laisse nos rires en gouttes se mélanger avec le nectar accablant. Je n'attends pas que la pluie s’arrête, j’attends que les nuages perdent leur magie et me lavent. Mon frond est chaud et la pluie froide semble plus liquide que d’habitude.
J’ouvre les yeux. Je suis enfin propre. Propre du mielleux venin. Les nuages ne cachent plus le ciel. En regardant vers le bas je comprends que l’eau descend vers les égouts. Voilà là où nos rires se retrouvent enfin. Les rires qui avaient une fois créé des nuages sont à présent dans les égouts, avec les rats et la poussière.
Les rats sont gris, le ciel est bleu.
Mes lèvres s'étirent et ne sachant que faire, je ris. Finalement, je le reconnais, mon rire. Il n’est plus mélangé au vôtre. Il est libre. Donc je ris encore. Je jure avoir surpris mon rire s’élever haut, très haut, pour enfin devenir un rayon de soleil. Donc je pleure.
J'entends la musique d’un violon. Un violon dont toutes les cordes harmonieuses se comprennent. Un violon n’ayant pas besoin d’un autre violon. Mon rire n'a plus besoin du vôtre. Je n’ai plus besoin de vous.
Commentaires
Publier un commentaire